« Il rassemblera les élus des quatre coins du monde »
Homélie de Père Etienne Ricaud osb
le 14 novembre 2021  |
Texte de l'évangile : Mc 13, 24-32

« Quant au jour et à l’heure, nul ne les connaît » : le discours de Jésus sur les fins dernières vise non pas à nous renseigner sur l’avenir, comme un horoscope, mais à nous indiquer l’attitude à adopter dans les derniers temps. C’est une prophétie et, comme toute prophétie, elle vise à édifier, exhorter, consoler ; elle ne prédit pas l’avenir, mais en explique le sens et dit comment s’y préparer.

Comme toute prophétie, également, elle revêt un caractère synthétique, c’est-à-dire qu’elle considère l’au-delà de l’histoire comme se superposant à l’histoire en cours ; Jésus, ici, annonce à la fois sa passion et sa mort – « cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive » – et la fin de ce monde ; et les deux événements sont connexes, car avec Jésus, le Royaume de Dieu est arrivé ; sa mort et sa résurrection rouvrent le ciel à l’humanité qu’il entraîne dans son sillage. Depuis l’avènement du Fils de l’homme, nous sommes dans les derniers temps, même s’ils durent depuis deux mille ans et peuvent durer encore longtemps.

Quand Jésus décrit les bouleversements cosmiques qui accompagneront la fin de ce monde – « le soleil s’obscurcira, la lune perdra son éclat, les étoiles tomberont du ciel, les puissances célestes seront ébranlées » – il utilise le langage apocalyptique de l’Ancien Testament ; celui-ci signifie que l’on sera alors en présence d’événements divins : c’est Dieu qui déterminera la fin de l’histoire ; et comme l’univers est mystérieusement solidaire de l’homme et de sa destinée, il est aussi concerné par le jugement final. De fait, au commencement, il est dit clairement que le monde créé est soumis à l’homme, et que le péché de l’homme perturbe son rapport à la nature. De façon corollaire, l’avènement des derniers temps touche aussi la nature. Et de fait, lors de la mort de Jésus, « l’obscurité se fit sur le pays tout entier » (Mc 15,33), « la terre trembla, les rochers se fendirent les tombeaux s’ouvrirent » (Mt 27,51-52) : cette commotion universelle est déjà celle de la fin des temps ; l’heure de la passion et de la mort de Jésus est déjà l’heure du jugement ; c’est donc maintenant qu’il faut se déterminer par rapport au Seigneur : « C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut » (2 Co 6,2).

Cela nous est dit non pour nous faire peur, mais pour nous donner confiance : c’est le message de la parabole du figuier : de même que sur un arbre dénudé naissent des rameaux verts, de même c’est en des temps difficiles, apparemment stériles, que l’ère nouvelle fait son apparition. Le crépuscule de ce monde est en fait le matin du monde nouveau ; comme la nature en hiver, l’histoire présente est secrètement travaillée par les énergies de la résurrection ; derrière la trame des événements visibles se tisse une autre trame, celle de l’histoire du salut ; à travers heurs et malheurs, Dieu conduit inexorablement son dessein rédempteur pour arracher l’homme au pouvoir du mal et de la mort. Aussi l’Église doit-elle vivre sans peur dans un monde qui lui est hostile ou indifférent ; les difficultés et les oppositions, loin de la décourager, la poussent à un surcroît de confiance en son Seigneur qui n’abandonne pas ceux qu’il a rachetés. Dans un monde qui ne se réfère plus aux valeurs chrétiennes, où elle a perdu crédit et influence, l’Église ne baisse pas les bras, car elle connaît les questions et les inquiétudes de ses contemporains, la perplexité dans laquelle les plongent le développement des sciences et les prouesses techniques, et que là s’ouvre une brèche, un chance nouvelle pour l’évangile : « Lorsque cela commencera d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche » (Lc 21,28).