« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres »
Homélie de
le 23 novembre 2020  |
Texte de l'évangile : Mt 25, 31-46

Dans cette scène du jugement dernier, le Christ est dépeint sous les traits de quatre figures différentes : le Fils de l’homme, le juge, le berger et le roi.

Le Fils de l’homme : c’est le titre de prédilection de Jésus lui-même, qui dit sa pleine appartenance à notre humanité et qui accomplit une figure apparaissant dans l’un des derniers écrits de l’A.T., le livre de Daniel : dans une vision, le prophète contemple successivement quatre bêtes terribles puis un fils d’homme élevé vers Dieu et recevant de lui une royauté éternelle sur tous les peuples (Dn 7,13). Ainsi, au terme d’une histoire tragique, où l’homme pécheur est devenu un loup pour l’homme, où sa sauvagerie culmine dans les grands empires totalitaires symbolisés par les quatre monstres, voilà enfin l’avènement d’une humanité qui n’est plus dominée par son animalité, qui échappe au règne de la bête. La mission du Christ Fils de l’homme est d’humaniser l’homme et de lui rendre ainsi sa ressemblance avec Dieu. Avec ce Fils de l’homme qui de la terre monte vers le ciel, c’est toute l’humanité qui remonte vers Dieu après sa longue descente dans les abîmes du mal.

Ce Fils de l’homme est aussi juge. Un juge qui ne surplombe pas le prévenu, qui n’instruit aucun procès, mais se révèle comme le pauvre, le malade, le nécessiteux auquel l’homme a accordé ou refusé ses entrailles d’humanité. Le jugement final se joue donc aujourd’hui : une vie s’écoulant dans l’égoïsme et la bestialité se condamne elle-même ; une vie de miséricorde et d’amour actif est sauvée par le Christ.

Ce juge est aussi berger : “il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres”. Jésus s’est lui-même désigné comme le bon pasteur (Jn 10), accomplissant la prophétie d’Éz 34, où sont stigmatisés les rois indignes d’Israël qui, au lieu de gouverner leur peuple avec justice, l’exploitent et l’asservissent. Mais le seul roi digne de ce nom est le roi berger, qui prend soin de ses brebis, prête attention aux plus chétives, cherche celle qui s’égare et les rassemble en un seul troupeau.

Oui, ce berger est roi, non pour dominer, mais pour aimer, non pour asservir, mais pour servir, non pour garder, mais pour distribuer ; il donne son royaume en partage aux brebis de son troupeau : “Recevez en héritage le royaume préparé pour vous depuis la création du monde”. Ainsi le jugement achève la création au sens où il rétablit l’ordre originel voulu par Dieu, sans violence ni hostilité, sans dominant ni dominé, où les humbles sont glorifiés, les affamés rassasiés, les assoiffés de justice comblés. .. C’est l’ordre des Béatitudes chantées par Jésus au début de sa prédication, c’est l’ordre du Magnificat chanté par Marie au seuil de l’évangile.

Il faut tenir ensemble ces quatre figures du Fils de l’homme, du juge, du berger et du roi pour dessiner les traits de la royauté du Christ : une royauté qui humanise, où les pauvres sont rois, qui suscite non des sujets mais des frères, avec qui Dieu la partage car il ne garde rien pour lui. Nous en sommes les héritiers et les promoteurs afin de l’instaurer dès maintenant dans nos familles, nos communautés, nos professions, notre société.