« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous »
Homélie de
le 25 décembre 2020  |
Texte de l'évangile : Jn 1, 1-18

« Écoutez la voix des guetteurs : ils voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion » (Is 52,8). Cette prophétie d’Isaïe se réalise dans cette déclaration de saint Jean au prologue de son évangile : « Le Verbe s’est fait chair et nous avons vu sa gloire » (Jn 1,14). Pour contempler en Jésus le « reflet resplendissant de la gloire du Père et l’expression parfaite de son être » ( 1,3), il faut plus qu’un regard avisé, il faut les yeux de la foi ; et l’acuité de cette vision se développe dans la vigilance : ce sont les guetteurs de l’aurore qui discernent les premières lueurs du jour nouveau. Pour croire il faut avoir une âme de sentinelle.

Tout au long de l’Ancien Testament, les prophètes furent ces sentinelles qui voyaient plus loin que les autres et discernaient dans les événements de l’histoire la trame du dessein de Dieu. Leur regard n’avait pas seulement la lucidité de l’analyste politique ; il était habité par l’espérance théologale, nourrie de la mémoire des promesses et des hauts faits Dieu, et assurée de sa victoire alors même que Jérusalem était en ruines, le peuple déporté et la nation asservie. Nous avons aujourd’hui besoin de ce regard prophétique pour discerner le sens des épreuves de notre monde, notamment de la crise sanitaire, afin de ne pas sombrer dans le catastrophisme et nourrir notre espérance, car toute crise appelle à un sursaut et une croissance.

L’espérance a non seulement de la mémoire, mais aussi de l’intelligence, au sens propre du terme : elle sait lire à l’intérieur et comprendre ce que l’homme oublieux et distrait ne voit pas. À plusieurs reprises, dans l’évangile, Jésus reproche à ses disciples non seulement leur peu de foi mais aussi leur manque d’intelligence. Il ne s’agit pas de l’intelligence des savants et des diplômés de l’université, il s’agit de l’intelligence spirituelle, qui se développe dans la fréquentation des Écritures, sous la mouvance de l’Esprit Saint, et dont font preuve les cœurs purs, les humbles, les disciples. Jean-Baptiste est de ceux-là qui sait reconnaître en Jésus qui vient derrière lui celui qui était avant lui et qui est plus grand que lui (Jn 1,15). Et surtout la Vierge Marie, tellement pénétrée de la Parole de Dieu qu’elle l’a conçue en son sein et lui a donné chair ; comme elle, « ne soyons point stériles, mais que pour Dieu nos âmes soient fécondes » (saint Augustin, Sermon 189 pour la nativité du Seigneur, III).

Soyons dans notre monde ces guetteurs de lumière divine, ces sentinelles d’éternité ; nos contemporains ont besoin de beaucoup plus que de santé et de sécurité matérielle : êtres d’éternité, ils ont besoin d’aliments d’éternité. Soyons pour eux parole de Dieu, lumière de Dieu, espérance divine. Témoignons pour eux par notre existence que Dieu est venu non pas pour améliorer ce monde, mais pour le sauver, le rendre plus humain, selon la vocation de chacun d’être à l’image et ressemblance de son fils, ‘expression parfaite de l’être de Dieu’.