« L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse »
Homélie de
le 27 décembre 2020  |
Texte de l'évangile : Lc 2, 22.39-40

Dieu est entré dans le monde en frappant à la porte d’une famille et du coup, la famille humaine en reçoit sa suprême consécration. De la sainte famille de Nazareth, nous pouvons apprendre ce qu’est toute famille selon le cœur de Dieu : le lieu de l’accueil, celui de l’éducation et celui de la mission.

La famille est d’abord le lieu où s’accueillent l’amour et la vie. Dieu donne Marie à Joseph et Joseph à Marie : entre époux, on ne se prend pas, on se reçoit l’un l’autre, chacun est don de Dieu pour l’autre et chemin vers Dieu pour l’autre. Et de même que les époux s’accueillent, ils accueillent leurs enfants non comme un dû, mais comme un don. Abraham l’apprit deux fois : quand Sarah devint enceinte malgré sa vieillesse et sa stérilité, et quand Dieu lui demanda de lui offrir son fils Isaac : « C’est pourquoi son fils lui fut rendu », commente l’Épître aux Hébreux : non comme un dû, mais comme un don.

Cette vie donnée, il faut la faire grandir : la famille est le lieu de l’éducation. Le Fils de Dieu n’a pas fait qu’y passer, il y a longuement séjourné, il y a grandi « en sagesse, en taille et en grâce » (Lc 2,52). Le rôle des parents est d’être pour leurs enfants, non un écran, mais un chemin et, sur ce chemin, d’être des accompagnateurs. Quel malheur pour l’enfant qui apprend à aimer si cet amour est démenti par la désunion de ses parents ! Malheureux l’enfant que l’on éduque dans une discipline à laquelle on ne se soumet pas soi-même ! Mais quel bonheur pour l’enfant quand il perçoit que ses parents vivent vraiment ce qu’ils lui enseignent, se soumettent les premiers à ce qu’ils lui demandent, tendent dans la direction où ils orientent son regard. Jésus lui-même n’a-t-il pas appris de Joseph la paternité de Dieu ? Et de Marie la parfaite disponibilité à la volonté de Dieu ? Et de leur amour conjugal l’amour même de Dieu pour son peuple ?

Cependant, éduquer, c’est littéralement ‘faire sortir’, laisser partir ; la famille est le lieu de l’envoi, du départ, de la mission. Pour les parents, ce n’est pas facile de laisser leurs enfants exister par eux-mêmes, puis quitter leur foyer ; et parfois ils sont désorientés par les voies qu’ils empruntent, déçus parce qu’ils ne correspondent pas à leur projet sur eux. La tâche éducative se présente alors comme un sacrifice, elle requiert un grand détachement au sein de l’attachement le plus profond. Et c’est parfois au prix d’un glaive qui transperce le cœur, comme Syméon l’annonce à Marie. Mais, avec Joseph, elle fait à Dieu le don de son enfant ; en l’offrant dans le temple, elle prélude à son sacrifice sur la croix. Tout au long de ses trente années de vie cachée à Nazareth, Marie et Joseph auront contribué à forger en leur fils l’homme totalement donné à son Père et livré pour les autres, le grand prêtre du sacrifice de notre rédemption. Un arbre accomplit sa destinée lorsque le fruit qu’il produit se détache de lui ; de même la famille réussit quand elle guide l’enfant dans sa vocation et lui permet de réaliser sa mission.

Le foyer de Marie et Joseph a donné le Christ au monde ; cette mission était unique, aucune famille ne pourra jamais produire un fruit aussi éminent. Pourtant, ce qui est indépassable à un moment donné du temps devient imitable pour tous les temps ; car depuis Nazareth, toute famille doit être le lieu où sont accueillis, éduqués, envoyés des fils et des filles de Dieu, des frères et des sœurs de Jésus. Et en apprenant du foyer de Joseph et Marie l’amour et la confiance jusqu’au bout, malgré les épreuves traversées et le destin déroutant de leur Fils Jésus, toute famille peut devenir sainte. Demandons avec instance cette grâce pour toutes les familles au cours de cette année que le Pape François a consacré à saint Joseph, modèle des époux et des pères.