"Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux!"
Homélie de
le 1 novembre 2020  |
Texte de l'évangile : Mt 5, 1-12a

L’unique Église du Christ existe en trois états : elle est l’Église pérégrinant sur cette terre (status viatoris), l’Église de ceux qui, ayant achevé leur pèlerinage ici-bas, se purifient encore au purgatoire (status purgationis) et l’Église de ceux qui vivent dans la pleine lumière de Dieu et chantent éternellement sa gloire (status gloriae), « heureux du bonheur de Dieu et beaux de la beauté de Dieu » (S. Jean-Marie Vianney).

Entre tous ces membres de la même Église existe une communion que l’on appelle la communion des saints, c’est-à-dire l’union de ceux qui sont sanctifiés par la grâce du Christ et participent aux biens spirituels du Christ. L’Église est tout entière concentrée sur le Christ, le contemplant constamment avec les yeux de la foi sur terre et dans le face à face au ciel : « Ceux qui voient ainsi le Christ ne peuvent vivre autrement qu’en se convertissant à lui continuellement » (S. Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia, 13).

La communion des saints traverse donc les frontières du temps et de l’espace, ainsi que celle de la mort. Réelle est l’union des chrétiens encore pèlerins ici-bas avec leurs frères au purgatoire et au paradis : les uns comptent sur notre prière et les autres intercèdent pour nous auprès du Père. « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre », promettait sainte Thérèse de Lisieux, et elle tient promesse : après avoir vécu dans l’étroite clôture de son carmel, elle connaît depuis sa mort un rayonnement universel et se fait des amis sur toute la planète.

La communion des saints, c’est encore cette intime solidarité selon laquelle ce que chacun fait ou souffre pour et dans le Christ porte du fruit pour tous. Nous découvrirons au ciel à quel point est unie la famille humaine, ce que nous nous devons les uns aux autres, et ce que les saints font pour nous au ciel ; ils sont des canaux par lesquels coule la sève du Christ irriguant son corps tout entier. C’est pourquoi nous les nommons toujours dans la prière eucharistique, car eux-mêmes sont sauvés par le sacrifice pascal du Christ, et avec eux, nous nous offrons au Christ en nous unissant à son sacrifice et en nous laissant transformer pour devenir réellement « enfants de Dieu » (1 Jn 3). De même, nous y faisons toujours mémoire de nos frères défunts, afin que le Christ achève de les purifier et de les rendre aptes à entrer dans la plénitude de son amour.

Notre liturgie d’ici-bas est donc intimement liée à la liturgie céleste ; les saints et les anges y sont invisiblement présents ; si notre regard était assez pur, nous les verrions ici entourant l’autel, vêtus de blanc, chantant avec nous le Sanctus, se prosternant avec nous devant le trône de Dieu, proclamant leur vibrant amen à sa gloire. À l’autel, le prêtre n’est que le représentant de l’unique Grand Prêtre qu’est le Christ qui continue d’offrir et d’être offert, et avec lui célèbrent la Vierge Marie, les puissances célestes, les serviteurs de l’ancienne et de la nouvelle alliance, les saints de deux mille ans de christianisme, en particulier les martyrs, bref, « une foule immense que nul ne peut dénombrer » (Ap 7,9). C’est à cette liturgie éternelle que l’Esprit et l’Église nous font participer présentement, car notre baptême nous a associés au sacerdoce du Christ et habilités à être les liturges, chacun selon sa fonction, de cette célébration à la fois terrestre et céleste.

Prenons donc conscience de la grandeur de notre vocation ; c’est en Église, celle du ciel et de la terre, que nous l’accomplissons, que nous entendons la Parole de Dieu, que nous recevons la grâce des sacrements, que nous apprenons la sainteté. Pétris de la même pâte humaine que nous, soulevés par la grâce du Christ, les saints sont comme les premiers de cordée qui nous tirent vers le haut, les vrais acteurs de tout renouveau dans l’Église : « La sainteté est la source secrète et la mesure infaillible de son activité apostolique et de son élan missionnaire » (S. Jean-Paul II, exhortation apostolique Christifideles laici, 17, 3). « Là où passent les saints, Dieu passe avec eux » (S. Jean-Marie Vianney).