"Rendez droits les sentiers du Seigneur"
Homélie de
le 6 décembre 2020  |
Texte de l'évangile : Mc 1,1-8

« Commencement de l’évangile de Jésus Christ, le Fils de Dieu » : ces simples mots qui ouvrent l’évangile selon saint Marc – dont nous poursuivrons la lecture chaque dimanche de cette année liturgique – sont lourds de sens. Commencement, c’est le premier mot de la Genèse, c’est aussi celui du prologue de Jn. Si en Dieu il n’y a pas de commencement, puisqu’il est de tout éternité, en prenant notre chair, il s’inscrit dans un commencement, il procède à un nouveau commencement, une nouvelle création ; le salut qu’il opère par son Fils Jésus restaure l’homme à neuf : cela se décline en termes de guérisons, de libération, de vie en plénitude, d’avenir ouvert.

De plus, en énonçant d’emblée que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, saint Marc indique l’assertion principale de son évangile : ce Jésus dont il dépeint si bien l’humanité, est revêtu de la divinité. Cette affirmation initiale sera répétée au terme de son évangile par la proclamation d’un centurion romain qui, après avoir vu Jésus mourir sur la croix, s’écriera : « Vraiment cet homme était fils de Dieu » (Mc 15,39). Et au centre du récit, c’est Dieu lui-même qui, dans la scène de la Transfiguration, désigne Jésus comme son « Fils bien-aimé » (9,7). Ainsi au début, au centre et au terme de son évangile est proclamée cette vérité centrale de notre foi.

Après avoir énoncé cette titulature, Marc porte son regard sur un autre personnage, Jean le Baptiste en le présentant comme le messager annoncé par le prophète Isaïe pour ouvrir la voie à la venue du Messie. « Préparez le chemin du Seigneur », disait Isaïe : Jésus est donc le vrai Seigneur du monde. C’est pourquoi Jean peut-il inviter les hommes à se convertir à lui, à lui ouvrir leur cœur et à se remplir de son Esprit. Quand il reconnaît : « Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales », il ne fait pas seulement un aveu d’humilité ; il le désigne comme le goël, celui qui, en Israël, avait pouvoir de rachat sur une terre ou une épouse que son mari défunt avait laissée sans enfant ; selon la coutume, la sandale était symbole de ce droit de propriété, et la retirer signifiait qu’on renonçait à ce droit (cf. Rt 4,7-8) : Jean ne peut retirer la sandale des pieds de Jésus, car c’est lui l’époux de la nation épouse, c’est lui à qui appartient ce peuple, cette terre et toute l’humanité, c’est lui qui vient les racheter. Il vient les soustraire à celui qui en a indûment pris possession, le diable, qualifié par ailleurs de ‘prince de ce monde’, afin de rendre celui-ci à Dieu, son Créateur et Rédempteur.

Marc n’en dit pas plus sur la prédication de Jean dans le désert, car l’essentiel est dit dans sa présentation de Jésus qui, bien que venant après lui, est plus puissant que lui, et dont le baptême ne sera pas seulement d’eau, mais aussi d’Esprit Saint : c’est cet Esprit qui changera le cœur de l’homme et le rendra filial, docile à la Parole de Dieu, entièrement renouvelé dans son comportement.

Jean est donc le premier à reconnaître en Jésus le messie ; il l’avait déjà fait dès le ventre de sa mère, en tressaillant d’allégresse lors la visitation de Marie à Élisabeth (Lc 1,44) ; il le fait maintenant, devenu adulte, à l’orée du ministère public de Jésus ; son acte de foi est d’autant plus admirable que Jésus n’a encore rien dit, n’a encore rien fait. Jean s’efface devant lui et aussitôt après, il disparaît dans l’obscur cachot de Hérode : le prophète est alors réduit au silence, comme son père l’avait été après l’annonce de sa conception. Il n’est que le doigt qui désigne le messie, et la manière dont il mourra martyr de la vérité préfigurera encore la mort de Jésus. Qu’il soit aussi notre guide dans notre pèlerinage de la foi et nous apprenne à reconnaître en Jésus l’accomplissement des Écritures, le messie attendu, le fils bien-aimé du Père.