« Tout être vivant verra le salut de Dieu »
Homélie de Père Etienne Ricaud osb
le 5 décembre 2021  |
Texte de l'évangile : Lc 3, 1-6

DEUXIÈME DIMANCHE DE L’AVENT – C

En ce second dimanche de l’Avent nous est présentée la première des trois figures qui dominent ce temps liturgique, celle de Jean-Baptiste, les deux autres étant celles de la Vierge Marie et de saint Joseph son époux : tous trois sont acteurs de premier plan dans l’incarnation du Verbe de Dieu. Et saint Jean-Baptiste est sans doute le personnage de l’évangile qui parle le plus après Jésus. Cependant, comme tout prophète authentique, avant de parler, il écoute : « La parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie », nous dit saint Luc (3,3). Jean se retire au désert, non pour y fuir, mais pour y écouter, car la Parole de Dieu peut y retentir dans toute sa force, sans l’interférence d’autres paroles ; dans ce lieu vierge de tout bruit, dépouillé de tout vain bavardage, Dieu est seul à parler. C’est pourquoi le salut d’Israël commence au désert, dans le long exode de quarante ans où Dieu “parle à son cœur”, le dépouille de toute sécurité humaine et lui fait faire l’expérience de sa pauvreté afin qu’apparaisse avec plus d’évidence que Dieu est son unique secours. C’est au désert que se manifeste le salut de Dieu, qu’éclate sa gloire et que toute chair voit le salut de Dieu. Là, sa parole peut retentir aux profondeurs de celui qui écoute, comme une déclaration d’amour et un appel à la conversion. L’Église n’oublie pas qu’elle est née au désert, qu’elle y reste adossée, que sa prédication y prend sa source, que l’homme y apprend à vivre non seulement de pain, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu.

Lors de l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste, Zacharie, son père, devint muet pour ne pas avoir cru en cette annonce ; la voix lui fut rendue quand son fils vint au monde et qu’il lui donna son nom. Ainsi était annoncée la vocation de celui-ci d’être la voix qui « crie à travers le désert : ‘Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route’ ». Jean est la voix qui annonce le Verbe ; sa mission prophétique est toute tendue vers l’avènement du Seigneur ; il fallait ce précurseur pour annoncer le Sauveur, ce messager pour préparer sa venue. Les évangiles commencent par lui donner longuement la parole avant qu’il ne s’efface pour la laisser entièrement à Jésus.

Proclamée au désert, la parole du Baptiste ne rompt pas le silence du mystère. Parce qu’il y est lui-même entré, il peut en témoigner : « Celui que Dieu a envoyé parle le langage de Dieu » (Jn 3,34). Cela peut se comprendre de Jésus comme de Jean, qui affirme par ailleurs : « J’ai vu et j’ai témoigné » (1,34) ; la parole de Jean est écho direct de la parole révélatrice de Dieu, et c’est pourquoi son regard est-il si pur qu’il peut reconnaître en Jésus l’Agneau de Dieu et contempler au baptême une théophanie trinitaire : « J’ai vu l’Esprit descendre comme une colombe, venant du ciel, et il est demeuré sur lui… J’ai vu et j’ai témoigné que c’est lui l’Élu de Dieu » (1,32.34).

Si les moines reconnaissent en Jean-Baptiste leur ancêtre, c’est qu’eux aussi se retirent au désert pour mieux écouter la Parole de Dieu et entrer dans son mystère : au désert, l’oreille, le regard et le cœur se purifient et s’accoutument à la voix de Dieu. Chaque nouvelle année liturgique commence par ce temps de retrait au désert, d’attente de la venue du Seigneur et de préparation à l’accueillir. Car on n’est pas d’emblée de plain pied avec un tel événement, réceptif à un tel jour. La rencontre ne peut se faire que si les croyants reviennent vers Celui qui vient à eux ; comme le chante un invitatoire de ce temps liturgique, il faut aller au-devant de celui qui vient ; « Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ », nous a dit saint Paul (Ph 1,10). Combien de fois dans l’évangile Jésus ne nous presse-t-il pas d’être prêt pour sa venue ! Car si son avènement dans la chair eut lieu il y a deux mille ans, sa venue dans le cœur des croyants est de tous les instants : puisse notre porte s’ouvrir quand il y frappe, que ce soit dans la rencontre intime de l’oraison ou dans celle de notre prochain dans le besoin, ce plus petit d’entre ses frères à qui Jésus s’identifie.