« Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » - 1er Dimanche de l'Avent - Année B
Homélie de
le 29 novembre 2020  |
Texte de l'évangile : Mc 13, 33-37

L’évangile, la liturgie ne disent pas « Le Seigneur reviendra », mais « Le Seigneur vient », car il ne s’agit pas d’un retour, comme s’il était parti, comme s’il était absent. Ne nous a-t-il pas assuré à la fin de l’évangile : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20) ? Jésus est donc celui qui, chaque jour, vient vers nous, vient à notre rencontre ; il n’a jamais fini de venir, car il ne se lasse pas d’aller à la recherche de l’homme, même quand celui-ci le fuit ou l’ignore. Et chaque fois, son avènement constitue un événement inédit, car en venant il fait toutes choses nouvelles, il éveille ce qui est endormi, purifie ce qui est souillé, vivifie ce qui est mort.

« Nous étions tous semblables à des hommes souillés… Nous étions tous desséchés comme des feuilles… Nul ne se réveillait pour recourir à toi » (Is 64) : c’est dans cette humanité souillée, abrutie, moribonde que le Seigneur vient, non pas pour replâtrer des murs croulants, ni pour apposer quelque baume sur les blessures, ni pour distribuer quelque parole de consolation, mais pour recréer : « Nous sommes l’argile et tu es le potier » (Is 64,7), poursuit Isaïe en ouvrant l’espérance d’une reprise par le Seigneur de son ouvrage, d’une restauration par le Créateur de sa créature abîmée. Jésus est ce potier qui vient tout refaire à neuf ; d’une masse informe de glaise, il est capable de confectionner de beaux vases. Tout comme le Créateur, au premier jour, met de l’ordre dans le chaos initial, le Rédempteur, au dernier jour – et nous y sommes – fait du neuf dans le chaos du péché. Le dernier mot de l’histoire, ce ne sont pas les calamités, c’est la venue du Seigneur qui vient tout faire passer de la mort à la vie.

Si le Seigneur vient, à l’homme de revenir vers lui : le retour est sa démarche, car ce n’est pas Dieu qui s’est éloigné de lui, mais lui qui s’est détourné de Dieu ; « Que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance » (RB, prol. 2). Comment revenir vers le Seigneur qui vient ? Comment aller sa rencontre ? Trois attitudes nous sont suggérées par ces lectures :

– être vigilant comme le portier qui attend le retour de son maître (Mc 13), c’est-à-dire ne pas s’endormir spirituellement, ne pas s’engourdir dans la paresse et le plaisir, ne pas se laisser aller à la torpeur du péché ;

– rester en tenue de service, « fixé chacun à son travail » (Mc 13), consciencieux dans l’accomplissement de son devoir d’état, attentif aux besoins des autres ;

– persévérer dans la prière, une prière portée par l’espérance, soulevée par la joie, celle de l’attente de la pleine révélation du Seigneur Jésus.

Quand l’homme fait un pas vers le Seigneur, le Seigneur en fait mille vers lui, car lui seul peut combler la distance entre lui et nous ; c’est sa venue qui nous tire vers lui, comme l’aimant attire le fer. Les moines, les chrétiens ne constituent pas une troupe d’élite, mais les humbles disciples de Celui qui vient, les vigies qui guettent sa venue, les intendants de ses biens en tenue de service, le doigt tendu vers lui pour le désigner à tous comme notre unique Sauveur et Rédempteur.