"Voici l'époux, sortez à sa rencontre"
Homélie de
le 8 novembre 2020  |
Texte de l'évangile : Mt 25, 1-13

Les lectures de ce dimanche nous convient à être des veilleurs. L’un des vocables pour désigner les moines dans l’antiquité est “neptiques”, c’est-à-dire vigilants, ou “acémètes”, qui ne s’endorment pas. Veiller sera donc pour eux :

– une attitude de sagesse pour rester maître de soi, comme y invite la première lecture ; veiller prend alors la forme de la surveillance sur soi-même ;

– une attitude de service actif du prochain ; veiller, c’est alors exercer la bienveillance ;

– une attitude d’attente de la venue du Seigneur : c’est la vigilance à proprement parler.

La veille est ainsi orientée vers soi-même, vers les autres et vers Dieu.

Se surveiller, c’est cultiver « une attitude mentale de sobre et lucide vigilance par laquelle, avec un esprit bien éveillé, présent à Dieu et à soi-même, on met toute son attention à se garder avec la plus grande diligence non seulement des pensées mauvaises qui inclinent au péché, mais de celles simplement inopportunes et importunes qui tendent à nous faire perdre le souvenir de Dieu et à nous plonger dans l’oubli des choses spirituelles » 1. Le modèle de cette garde du cœur ou surveillance, c’est Jésus tenté au désert : assailli par les suggestions du démon, il lui résiste par la Parole de Dieu ; il neutralise chaque tentation par la Parole de Dieu (cf. Mt 4,1-11).

Veiller, c’est aussi faire attention aux autres ; cette attitude est étroitement liée à l’esprit de service selon l’évangile. Tout en étant tournée vers les autres, elle se garde donc autant du relâchement que de l’agitation ; elle s’allie avec l’hésychia, ce calme intérieur qui résulte de la victoire sur les désirs et les passions. Le modèle de cette vigilance aimante, de cette bienveillance, c’est Jésus, le bon pasteur qui veille sur son troupeau, connaît chaque brebis par son nom, la rassure par sa voix et va jusqu’à donner sa vie pour elles (Jn 10,3.4.11).

Veiller, c’est enfin attendre le Seigneur qui vient à l’improviste. Quand Mt rapporte le conseil de Jésus à ce sujet, celui-ci utilise le présent : « Tenez-vous prêts, parce que c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme vient » (Mt 24,44). Cette venue n’est donc pas seulement celle de la parousie, c’est aussi celle de chaque instant, selon la distinction traditionnelle des trois venues du Sauveur, à son incarnation, aujourd’hui et à la fin des temps. Et il s’agit en fait d’une seule et même venue, laquelle requiert d’être toujours prêt à l’accueillir. Dans cette troisième dimension, la vigilance prend une tonalité nuptiale, comme le montre la parabole des vierges sages, car elle se fait accueil de Dieu comme époux de nos âmes ; et parce qu’il ne s’impose pas, il faut être vacant pour le recevoir. Les vierges sages sont celles « qui ont été vigilantes, pleines d’ardeur et qui ont accueilli dans les vases de leur cœur une huile étrangère à leur nature, c’est-à-dire la grâce céleste du Saint Esprit » 2. Le modèle de cette attente vigilante, c’est encore Jésus en prière au jardin des Oliviers (Mt 26,36-46) ; il y attend son heure, désormais toute proche, dans la prière ; il attend les noces de la croix ; et il veille en combattant contre la tentation (Lc 22,40) et en s’ajustant à la volonté de son Père (22,42).

En résumé, être veilleur, c’est :

– veiller sur soi-même, c’est-à-dire exercer sur soi, ses pensées et ses comportements, cette surveillance attentive dont le modèle est Jésus tenté au désert ;

– veiller sur les autres, c’est-à-dire être animé à leur égard de cette bienveillance dont le modèle est Jésus Bon Pasteur ;

– veiller dans l’attente de Dieu, c’est-à-dire garder cette vigilance dont le modèle est Jésus au jardin des Oliviers.

 

1 Irénée HAUSHERR, Hésychasme et prière, p. 225.
2 Pseudo-Macaire, Homélies spirituelles, p. 108