« Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils »
Homélie de
le 20 décembre 2020  |
Texte de l'évangile : Lc 1, 26-38

En la Vierge Marie, Dieu fait du neuf avec de l’ancien. Marie est bien de notre race, notre sœur à tous, et à travers elle, c’est bien notre humanité qui reçoit le Verbe de Dieu, qui accueille son incarnation. Mais parce que Marie est une terre vierge comme celle des origines, c’est une nouvelle création qui commence en elle, une nouvelle naissance qui apparaît, une nouvelle manière d’exister. En elle s’efface l’antique servitude du péché, puisqu’elle en est exempte, et par elle, le Christ « apporte toute nouveauté en s’apportant lui-même » (saint Irénée, Adversus Haereses IV, 34, 1).

Car c’est bien le Christ qui fait toute chose nouvelle. Sa sainte Mère n’échappe pas au rayonnement et aux effets de la rédemption qu’il accomplit ; elle aussi est graciée de Dieu, comme l’exprime la salutation de l’ange : « Je te salue, Comblée-de-grâce » ; c’est à Dieu qu’elle est entièrement redevable d’être préservée de tout péché.

Marie ne quitte pas la longue cohorte de notre humanité, mais, par son oui, elle l’oriente dans une nouvelle direction, elle la conduit vers son Fils. Parce qu’elle est le chef-d’œuvre de Dieu que nulle ombre ne ternit, nul défaut ne déforme, nulle blessure ne handicape, elle incarne l’humanité rénovée à l’image de son divin Fils. Mais il ne s’agit en rien de transhumanisme ni d’homme augmenté : ce chef-d’œuvre, Dieu le façonne dans une existence toute simple, parfaitement semblable à la nôtre. Elle n’est qu’une jeune fille de Nazareth, une parmi d’autres de cette bourgade inconnue, sans renommée biblique : « De Nazareth, que peut-il sortir de bon ? », demande Nathanaël (Jn 1,46). L’évangile ne nous dit rien de son ascendance, de sa tribu, de sa famille, comme si son histoire commençait avec l’irruption inattendue de l’ange dans sa vie, quand elle devient la mère de Dieu. Dieu l’a voulu ainsi pour nous révéler que ses dons les plus sublimes n’ont pas besoin de conditions extraordinaires pour être délivrés et transfigurer sa créature. Marie nous apprend que l’inouï de Dieu – cette bénédiction dont il nous comble en son Fils, ce choix prévenant qu’il fait de chacun de nous avant la création du monde, cet appel à devenir pour lui des fils en son Fils – tout cela se réalise dans le quotidien le plus prosaïque de nos vies. L’ange a visité Marie à l’improviste, est entré chez elle un jour ordinaire, l’a saluée avec respect comme tout visiteur doit le faire, avant de lui délivrer le message de Dieu qui non seulement bouleverse son existence mais qui change la face du monde. Et cela se fait dans la discrétion la plus totale, dans l’ignorance de tout son entourage. Cela ravive notre conscience que la vie la plus désirable que Dieu peut nous donner, c’est celle d’aujourd’hui, de chaque jour. L’homme nouveau que Dieu recrée n’est pas un surhomme, c’est sa créature qu’il rend enfin vraiment humaine.

Marie nous apprend à vivre dès maintenant de cette nouveauté de Dieu qui, par son fiat, a fait silencieusement irruption dans notre monde. Elle qui « a conçu le Verbe dans son cœur avant de le concevoir dans son corps » (saint Augustin, Sermon 215, 4), elle nous apprend que tout se passe dans le cœur, que Dieu ne recrée pas l’humanité de l’extérieur, comme par effraction, mais du dedans, en sollicitant le oui de notre liberté. Car dans cette œuvre de recréation, là est peut-être le plus extraordinaire : si grand est le respect de Dieu pour sa créature qu’il veut l’associer à son œuvre de salut ; lui « qui a pu tout faire de rien, n’a pas voulu refaire sans elle sa création détruite » (saint Anselme, Oratio 52).

Entrons avec Marie dans cette symphonie du salut, chantons avec elle notre fiat, notre confiance en l’œuvre admirable que Dieu réalise secrètement en chacun de nous. Et si notre oui n’est pas encore à la mesure de celui de Dieu, qu’il chante au moins une deuxième voix harmonieuse qui tend de plus en plus vers l’unisson parfait.